maya kisyova

theatre and literature

La grâce obéit à des lois qui lui sont propres

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© MAYA KISYOVA, KAPITAL LIGHT,24 MAI 2007

© TRADUIT DU BULGARE PAR ATHANASE POPOV

Boyan Papazov a dédié la pièce Chevalier du Saint-esprit à Aleko Konstantinov

Le jury de la quatrième édition du prix national de littérature dramatique « Ivan Radoev », avec Yana Dobreva pour Président, a voté pour une pièce sensationnelle, qui d’une part confirme que son auteur est dans une période faste, et qui est d’autre part l’avant-coureur de la sortie de la dramaturgie bulgare de déjà pas mal d’années d’autodénigrement et de recherche des causes de toutes sortes de crises.

Pourquoi le texte dramatique de Boyan Papazov, intitulé Chevalier du Saint-esprit, est-il sensationnel ? En premier lieu, parce qu’il est porteur d’une continuité historique et créatrice. Parce qu’il démontre que le véritable talent, c’est aussi lorsque l’on sait se montrer révérencieux et œuvrer pour la résurrection de son peuple, tout en posant les bonnes questions. Les chemins aboutissant au crime – l’ignoble assassinat d’Aleko Konstantinov –, sont suivis à la loupe. L’accusation est portée par son meilleur ami ; le verdict est prononcé par une jeune fille à la pureté intacte. La possibilité d’un châtiment cède devant la grâce des lois naturelles.

L’ironie du sort veut qu’un avant sa mort, Aleko Konstantinov, auteur de Monsieur Ganyo, rédigea son mémoire de recherche en droit intitulé : Le droit de grâce dans le nouveau Code pénal. Le schéma shakespearien de l’Esprit est dénaturé dès le commencement. Cet Esprit ne vient pas pour faire douter ou mourir. Il est convoqué par l’ami devenu fou à cause du sentiment d’injustice universelle, il vient, il enveloppe d’un regard chaleureux et lumineux la sombre bousculade humaine et s’en va pour toujours… L’auteur ne le nimbe pas d’une souffrance de martyr. Bien au contraire, le Chevalier du Saint-Esprit prend véritablement la défense de ses bourreaux. Il ne se chamaille pas avec ses assassins, car il préfère faire découvrir à ses partisans de nouveaux espaces et dimensions. Il dévoile l’absurde, l’unité et la contradiction entre le : « Messieurs, vous pouvez savourer la victoire contre votre victime ! » et le : « Vivat ! ». À l’exclamation : « Le peuple en qui tu places ta confiance est un esclave volontaire, la servitude est pour lui une félicité, la tyrannie – un bienfait, la servilité – une marque d’héroïsme ! », il répond que le pays dans lequel il vivrait dans une seconde vie serait de nouveau la Bulgarie…

« L’écrivain se doit d’unir son peuple, dixit Boyan Papazov. Une des qualités les plus rares en Bulgarie, c’est celle de ne pas céder au cynisme. Que les plumitifs d’aujourd’hui se posent la question de savoir si après leur mort, les étudiants de l’Université de Sofia vont décréter un deuil de trois jours sans autorisation de l’administration de l’université, s’ils vont interrompre leurs cours, comme ce fut le cas après la mort d’Aleko [Konstantinov] et s’ils vont interdire à la police de s’approcher du cercueil du défunt ; quel écrivain peut-il dire aujourd’hui que la même chose pourrait lui arriver ? »

L’enchevêtrement du réel et de la parabole, que d’aucuns se rappellent dans une autre pièce de Papazov dédiée au personnage historique Georgi Benkovski (Faire saigner le tyran, 1976) est ici presque total. Le pathos du déterminisme historique cède devant le sourire du pardon.

 

 

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